Jean Toba (fr) | histoire courte d'un petit compositeur
Jean Toba profite d'une question pour raconter son itinéraire pour aboutir à être ce qu'il est aujourd'hui c'est à dire un petit compositeur en se basant sur le nombre de ses oeuvres mais autrement plus grand si on se donne la peine de les écouter.
compositeur, musique, jean toba, éveil, enfance, adolescence, initiation, itinéraire, parcours, synthétiseur, lycée, avis, show business, électroacoustique, créateur, chercheur, sérénité, réflexion, travail, le douanier rousseau, rêveur
414
post-template-default,single,single-post,postid-414,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,select-theme-ver-2.8,wpb-js-composer js-comp-ver-4.6.2,vc_responsive

l’histoire courte d’un petit compositeur, c’est l’histoire d’un musiculteur

photo illustrant l'article intitulé "l'histoire courte d'un petit compositeur, c'est l'histoire d'un musiculteur"

l’histoire courte d’un petit compositeur, c’est l’histoire d’un musiculteur

Il y a quelques temps j’ai reçu un courriel me demandant ceci : qu’est-ce que ça veut dire être un compositeur ?
Laissez-moi vous faire part de ce que cela m’a inspiré.
Etre compositeur c’est quoi ? Juste un gars qui crée de la musique ?
Pour moi être un compositeur cela va au-delà de la pure création musicale.

 

Dans les vieux dictionnaires on fait du compositeur une sorte d’écrivain-assembleur de symboles musicaux respectant des règles bien établies par ses pairs. Autant dire un truc par très drôle pour qui veut innover ou aspirer à un peu de liberté créatrice. Le jour où l’on a pu enregistrer le son pour ensuite pouvoir l’écouter indéfiniment, ce jour-là la musique est entrée dans une nouvelle ère et la manière de composer en a été progressivement très largement impactée.
Aujourd’hui, les progrès de l’informatique aidant, on peut composer uniquement, si on le souhaite, par manipulations de matières et matériaux sonores réels et virtuels. L’avantage de ce procédé c’est qu’à tout instant on peut entendre le résultat de son travail de composition et donc le modifier à souhait.

 

Avec la révolution numérique, les moyens et les outils mis à la disposition des compositeurs ont été décuplés.
Moi même je compose avec une station de travail musicale rassemblant tous les outils numériques et électroniques nécessaires pour donner forme à toutes mes idées musicales aussi folles ou saugrenues soient-elles. Mais toute cette profusion de moyens n’a pas que des avantages. C’est bien de disposer d’outils sophistiqués encore faut-il savoir en tirer quelque chose d’intéressant et que le ratio « temps passé / résultat concluant » soit finalement bénéfique.
Tout le monde n’a pas le désir et la patience d’apprendre et de chercher quand le résultat est incertain. Cela demande des qualités que l’on retrouve chez certains chercheurs, chez certains créateurs.

 

Je suis d’un naturel curieux et j’aime m’étonner de ce que j’entends surtout en procédant de manière ludique avec tout ce que j’ai à portée de mains et de ma souris.
J’ai beaucoup d’admiration pour les créateurs et innovateurs de musiques acousmatiques, électroacoustiques, electrotoutcequonvoudra, etc, …
Faire de la musique avec une pompe à vélo, un grincement de porte, c’est édifiant, non ?
Qui aurait pu imaginer d’en arriver là ?
Des rêveurs surement. Eh bien, j’en fait parti.
Pourquoi je compose de la musique, pourquoi j’arrange, je combine, je cuisine des sons ?
Simplement parce que j’y suis très sensible comme d’autres sont sensibles aux odeurs, aux goûts, aux saveurs, etc, …
Nous sommes des êtres fait de sens, même si ce que nous faisons n’a pas toujours l’air très sensé, mais là, c’est un autre débat. Je préfère m’en tenir, ici, à la musique et à l’être qui lui donne une forme si personnel quand il est authentique avec lui-même.

 

Compositeur je le suis devenu par nécessité. Mais avant cela, très tôt, enfant, j’ai été sensibilisé à la musique et aux sons quels qu’ils soient. J’ai eu la chance d’avoir un père fan de jazz. Mon père, dans les années 50, avait fait l’acquisition d’un meuble combinant une radio avec modulation de fréquence, ampli à lampes et un tourne-disque, le tout restituant un son des plus chaleureux. Le meuble en question était plus gros et plus grand que moi. Je passai des heures mes oreilles coller près des hauts parleurs. Mon père m’a même pris en photo(photo à la une), moi à cinq ans, manipulant déjà les boutons à la manière d’un ingénieur du son aguerri.
Ensuite, adolescent, la musique a pris des formes plus vivantes, plus concrètes, plus visibles, avec les premières boums, les premiers bals, les premiers concerts. La collection des disques familiaux s’est accrue avec des disques des styles des années 60, 70, 80…
La création musicale et même la re-création a commencé au lycée en donnant forme activement à  » l’orchestre du bahut  » et ce, avec quelques camarades de classe bien choisis. Ce fut un point de départ important pour la suite de ma vie musicale et de ma vie tout court. Tout cela a duré le temps que dure quelques années de lycée mais tout cela fut suffisant pour me révéler que la musique était en moi, avec moi, et qu’elle serait compagne de ma vie.
Devais-je en faire mon métier ? Rien n’était moins sûr.
À partir des années 70, bassiste chanteur, plus je pénétrai le monde professionnel de la musique, plus j’avais le sentiment de me rapprocher, du pouvoir et de ses rapports, du sexe et de ses dérives, des drogues bien réelles pour des enfers pas artificiels, de l’argent pas toujours très propre, des dogmes des uns et des sectes des autres, de l’hypocrisie contemporaine érigée en art de toutes les manipulations, etc, … et plus j’avais le sentiment de m’éloigner de La Musique, de ma musique, de ma manière de faire de la musique en toute liberté avec pour seule contrainte, les contraintes que m ‘imposeraient le hasard et mes nécessités. J’avais plus envie d’entendre et de faire entendre que de voir et de faire voir. Je n’avais pas ma place dans le show business. Il fallait donc que je trouve un métier qui veuille bien de moi et moi de lui. Ce métier, je l’ai trouvé parallèlement à mon initiation musicale. Je suis devenu informaticien pas que pour pouvoir manger et à une époque, où l’on parlait plus de cartes perforées que de révolution numérique.
Au fil des années, je voyais et sentais très bien que plus l’informatique et les ordinateurs évoluaient, plus leurs utilisations ouvraient des champs d’explorations dans tous les domaines et plus particulièrement dans le domaine de la musique et cela je le suivais de très près jusqu’à arriver à l’acquisition d’un ordinateur Atari, d’un logiciel de composition et d’un clavier-sampler. J’avais démarré mon home-studio pour faire ma home-music. J’étais un pionner de la mao et j’avais tout à apprendre dans ce domaine-là.
J’ai aussi vécu l’arrivée des premiers synthétiseurs et de leurs sonorités inouïes. Il faisait figure de bêtes curieuses réservés à des farfelus ou des génies en mal de sonorités bizarres. Moi je trouvai ça génial, mais j’étais bien le seul. Autour de moi, peu de personnes partageaient ma passion, mon engouement. J’avais bien des copains musicaux mais il faisait plus dans le convenu, le traditionnel que dans l’exploration électronique et numérique.
Sur mon premier synthétiseur, j’y ai passé beaucoup de temps pour de piètres résultats mais la passion me poussait à aller toujours de l’avant et toujours plus loin que mon découragement.
N’étant ni doué de diplomatie et de pédagogie, et mes apports et conceptions électroniques de la musique ayant reçu si peu d’écho enthousiasmant autour de moi, je décidai qu’il était temps que je me retirasse de ce monde trop convenu, pour ouvrir les portes de la composition et de la production solitaire pour le meilleur et j’espère pas trop pour le pire.
Depuis 2008, avec l’arrivée d’Internet, des réseaux sociaux et des sites musicaux comme Jamendo, ma musique a enfin rencontré des oreilles attentives pour l’écouter, l’entendre et l’apprécier mais aussi pour la détester sans que cela me chagrine outre mesure et j’en suis très heureux. Si heureux que je n’ai qu’une hâte celle de finir mon projet en-cours pour pouvoir passer à mon prochain projet.
Avec le travail en groupe j’étais arrivé à un point ou les frustrations prenaient de plus en plus le pas sur les satisfactions. J’avais des idées bien à moi et je voulais les mettre en pratique. Ma démarche artistique et créatrice se rapprochait plus de celle d’un peintre. Je me présente souvent comme une sorte de Douanier Rousseau de la musique. Je n’ai pas l’âme d’un interprète. Un morceau fini, je passe au suivant. J’aborde la composition, un peu à la manière d’un peintre qui ferait de la peinture abstraite et symbolique, tout en pratiquant l’art du collage. Je ne travaille pas à partir d’un modèle précis. Je joue plus avec les idées, les intuitions, le hasard. J’ai à ma disposition une large palette de sons. Je tâtonne et je façonne mes sons à la manière d’un potier qui chercherait à donner forme à une poterie sur son tour, mais les résultats satisfaisants ne sont pas toujours là. Il faut savoir vivre avec le temps, vivre avec son propre temps.

 

J’ai beaucoup appris sur le temps et je crois que l’on ne perd jamais son temps inutilement. Les temps morts sont nécessaires comme le sommeil est le complément de l’éveil. C’est une question d ‘équilibre. Je crois à la nécessaire alternance des compléments dans la vie comme dans la musique. Quand je dois faire un choix musical, je donne la priorité à la simplicité, au silence. En musique, je n’aime ni la violence gratuite, ni la bestialité, ni l’outrance. Je lui préfère l’énergie, la force, la subtilité, la légèreté, la finesse et même l’humour décalé. Ma musique peut en témoigner.
Pour conclure je n’en tirerai aucune conclusion. Je n’ai pas fini de vivre, de respirer, de manger, de … et de composer. Un jour tout cela finira, j’espère le plus tard possible et là, sera la conclusion et encore que …